Steve Roach – The Magnificent Void

Après mon premier article sur Lustmord, où j’avais déjà donné une définition de l’ambient, je crois qu’il est pertinent de cette fois d’évoquer l’ambient dans sa version « standard », celle qui n’a pas pour but de terrifier son auditeur ou de le plonger dans les ténèbres. Pour cela, j’ai décidé de me pencher non pas sur un artiste dans sa globalité, mais plutôt sur un album en particulier, que je vais chroniquer. Je m’attaque donc aujourd’hui à The Magnificent Void, de Steve Roach.

The Magnificent Void
Pochette de The Magnificent Void

Steve Roach est un musicien américain spécialisé dans l’ambient. Depuis les années 80, il a sorti des dizaines d’albums, parfois plusieurs en une seule année, sous son nom et en collaboration avec d’autres artistes. Autant dire que sa discographie est très longue et difficile à assimiler, d’autant plus que son style n’est pas forcément facile d’accès. Ses pistes sont souvent longues et plus ou moins minimalistes selon les disques. Mais c’est un très bon exemple de ce qu’est l’ambient, tel que je l’avais déjà défini dans cet article.

The Magnificent Void est quant à lui sorti en 1996. Steve Roach avait donc déjà une certaine expérience derrière lui. Cela se ressent d’ailleurs dans la maîtrise totale du style que l’on retrouve sur cet album.

Steve Roach
Steve Roach en 2013 (Crédit photo : Linda Kohanov)

Il ne s’agit pas là de l’œuvre la plus mélodique du personnage (si l’on compare par exemple au célébrissime Structures from Silence de 1984), ni du plus minimaliste (comparé au récent Future Flows, sorti en 2013). Il garde un équilibre très subtil entre mélodies et travail sur les textures sonores harmonieuses. Si tout est basé sur des nappes électroniques qui vont et qui viennent, la façon dont elles s’entremêlent durant toute la durée du disque, créé des sortes de mélodies, une impression de mouvement permanent. Si cette musique reste très simple elle n’en est pas moins très étudiée dans le sens où chaque sonorité est placée au bon endroit, au bon moment et ne laisse aucun temps mort. Cet album est très calme (puisqu’il s’agit d’ambient), mais il se passe toujours quelque chose.

Bien sûr, comme le nom du genre l’indique, c’est pour l’ambiance que l’on écoute ce type de musique. Alors à quoi ressemble-t-elle ? C’est assez difficile à décrire, tant le ressenti personnel joue un rôle fondamental dans l’appréciation de l’ambient. Les titres donnent une petite idée de ce que cherche à exprimer Steve Roach dans sa musique. The Magnificent Void (Le Vide/Néant Magnifique) est un titre assez évocateur, tout en restant mystérieux, comme les noms des morceaux.

Le thème est donc le vide, ce qui reste vraiment un concept très abstrait. Musicalement, cela se traduit par des passages assez ambigus. À l’écoute, selon l’état d’esprit dans lequel on se trouve, on peut soit trouver cet ambient tout à fait apaisant, soit le trouver plutôt oppressant. C’est cela que l’on retrouve dans cet album : quelque chose de plutôt apaisant, de calme, mais aussi un brin menaçant. Certaines nappes particulièrement lourdes et écrasantes s’abattent sur notre esprit et d’autres, légères, nous emportent loin, très loin…

Comme souvent avec Steve Roach, on se retrouve avec un album de qualité, l’album idéal pour se relaxer, pour s’évader ou pour méditer. À la fois imposant, beau et évocateur, il saura séduire les amateurs d’ambient. Quant aux autres, sans doute n’y trouveront-ils pas leur compte, tant Steve Roach et The Magnificent Void sont difficiles d’accès pour ceux qui n’apprécient pas le genre.

Note finale : 16/20.

Hostel, le gore au service du néant

Faire peur est un art très complexe. Instaurer une ambiance qui mettra mal à l’aise, qui évoquera un véritable sentiment de crainte est une discipline difficile à maîtriser. Certains domaines artistiques s’y prêtent plus facilement que d’autres. La littérature est par exemple parfaite pour cet exercice : les images mentales que le lecteur se créera en lisant seront le reflet de ce qui lui fait peur. Dans le cinéma, les choses se compliquent, puisque l’image bride l’imagination. La solution dans ces cas-là est de créer une atmosphère mystérieuse, de jouer sur la suggestion, de rester ambigu, de ne pas trop en révéler. Ainsi, le spectateur comble les trous lui-même avec ses propres peurs. Cependant, l’exercice est difficile et dans le genre horrifique, beaucoup choisissent l’option de facilité qui rapporte : ils font du cinéma gore avec rien derrière. Je n’ai rien contre le sang dans le cinéma, mais quand c’est une fin en soi, j’ai du mal à comprendre l’intérêt. C’est le cas par exemple du célèbre film Hostel, sorti en 2006 et réalisé par Eli Roth.

Affiche d'Hostel
D’après l’affiche : « Le film américain le plus terrifiant de ces dix dernière années »

L’histoire est très simple et je vais vous la résumer du début à la fin : deux américains sont en voyage en Europe avec l’ami islandais qu’ils ont rencontré en chemin. Alors qu’ils se trouvent aux Pays-Bas, un homme leur indique que s’ils souhaitent rencontrer des femmes faciles, ils n’ont qu’à se rendre en Slovaquie. Très contents à l’idée de « faire de belles rencontres », les trois compères partent vers ce merveilleux pays, dans l’hôtel qu’on leur a recommandé. L’islandais disparait au cours d’une soirée de débauche. Un peu plus tard, c’est l’un des deux américains. On assistera par ailleurs à sa torture et à sa mort. Le dernier survivant, un brin inquiet, part interroger les femmes (un brin suspectes) qui les avaient accueillis à leur arrivée. Elles le conduisent alors à un bâtiment où il est finalement fait prisonnier. En réalité, depuis les Pays-Bas ils étaient tombés dans un piège. L’homme qui leur avait donné l’adresse de l’hôtel et les femmes qui les avaient accueillis étaient de mèche avec une société qui capture des jeunes gens afin que de riches personnes puissent assouvir leurs fantasmes sadiques en les torturant. A la fin, il réussit à s’échapper.

Je passe volontairement sur certains détails, mais j’en ai déjà assez dit pour cerner le sujet. Au final, que ressort-il de ce film ? Ma foi, pas grand-chose. Les personnages n’ont aucune personnalité, si ce n’est d’être des obsédés sexuels et de vouloir éviter de se faire couper en morceaux. Difficile de s’attacher à eux dans ce cas. Et sans attachement, on ne se soucie pas vraiment de ce qui va bien pouvoir leur arriver.

Je disais un peu plus haut que faire peur était un art difficile et je m’y tiens. Contrairement à ce que dit l’affiche américaine du film, il n’y a rien qui fasse peur dans ce film. Certes, il est gore, très gore (j’ai vu pire, mais on ne peut pas nier que Hostel met la barre assez haut), mais en quoi le gore fait peur ? Voir quelqu’un se faire blesser par une perceuse, trancher les tendons d’Achille et autres joyeusetés, certes, ça fait mal. Mais ça ne fait pas peur. Mais on comprend un tel choix : il est plus facile d’imaginer quelques sévices abominables pour que le spectateur se tortille sur son fauteuil rien qu’à l’idée de subir la même chose, que de tenter de créer un film qui fait véritablement peur.

L’ambiance du film en elle-même est relativement malsaine, mais on sent bien que l’équipe du film tente d’en faire des tonnes sans jamais vraiment atteindre son objectif. Pour comparer, le film autrichien Funny Games (1997) présente l’histoire d’une famille séquestrée et tourmentée dans sa maison de vacances par deux jeunes hommes. Bien que se passant d’effets gores faciles, il instaure un climat bien plus pesant. Sans faire peur, Funny Games joue avec la mort et la torture (physique, mais surtout psychologique) de façon intelligente en tentant plutôt de créer une atmosphère glauque qui fonctionne.

Hostel mise entièrement sur le gore, qui n’est plus qu’une fin en soi. Rien de véritablement intéressant ni de coup de théâtre n’arrive, puisque l’intrigue est au fond très prévisible (contrairement à Funny Games, encore une fois ou même au premier Saw). C’est un film facile, racoleur et inintéressant.

John Martin, scènes grandioses ou apocalyptiques

Aujourd’hui, pour mon premier article traitant de peinture, je vous propose de découvrir l’œuvre de celui qui orne mes fonds d’écran depuis plusieurs années : John Martin. Il s’agit d’un peintre anglais né le 19 juillet 1789 et mort le 17 février 1854, affilié au romantisme.

Plutôt qu’une biographie détaillé que Wikipédia fera mieux que moi, je vais vous présenter certaines œuvres qui, je l’espère, vous plairont et vous pousseront à vous renseigner davantage sur ce peintre. Après tout, la première chose que l’on découvre chez un tel artiste, c’est son œuvre. La découverte de sa vie vient après.

John Martin
John Martin peint par Henry Warren en 1839

Il s’agit d’un artiste que j’apprécie tout particulièrement pour les scènes toujours grandioses qu’il peint. Sa principale source d’inspiration est la Bible, le livre idéal pour qui souhaite représenter des scènes imposantes. Et bien souvent, ce sont des spectacles de destruction auxquels on assiste. Constatez par exemple avec l’œuvre suivante, The Great Day of His Wrath (Le Grand Jour de sa Colère), réalisé en 1853.

The Great Day of His Wrath - John Martin

Les montagnes s’écroulant, la destruction, le feu, les éclairs, les gens tombant vers leur mort… C’est une œuvre terrifiante et fascinante que l’on admire ici. Par ailleurs, cette image ne vous rappelle rien ? Ce tableau a été utilisé pour la pochette d’Heresy, l’album de Lustmord dont je vous parlais récemment. L’imagerie de John Martin est si frappante que de nombreux artistes ont utilisé ses œuvres pour illustrer leurs albums. Ceux-ci sont d’ailleurs très souvent issus du mouvement heavy metal dont je vous parlerai sans aucun doute un jour.

Notez que ces peintures sont encore plus intéressantes en grand format, tant elles fourmillent de détails. C’est par exemple le cas de The Destruction of Sodom and Gomorrah (La Destruction de Sodome et Gomorrhe, 1852), où l’œil attentif repérera de nombreux détails dans une version en grand format. La mise en page de mon blog m’oblige à réduire les images, mais n’hésitez pas à cliquer sur les tableaux pour les afficher en grand.

The Destruction of Sodom and Gomorrah - John Martin

Les bâtiments sont travaillés, les personnages sont travaillés, le ciel enflammé qui s’abat sur la ville impuissante est lui aussi très étudié… C’est une œuvre à nouveau fascinante, de part l’ampleur de la colère divine qu’elle représente.

Certes, après avoir présenté autant de tableaux mettant en scène mort et destruction, peut-être allez-vous imaginer que c’est tout ce que John Martin a peint dans sa vie. Heureusement, si vous n’êtes pas friand du feu tombant du ciel, l’artiste a également réalisé de nombreuses peintures plus apaisées. Voyez l’exemple ci-dessous.

The Bard - John  Martin
The Bard (1817)

Il s’agit là de mon œuvre préférée de l’artiste, pour son côté onirique. L’image du barde jouant de la musique au bord d’une falaise, avec une forteresse en arrière-plan, tandis qu’une armée se met en marche en contrebas me fait vraiment rêver.

John Martin a par ailleurs également réalisé plusieurs gravures, elles aussi captivantes. Un simple exemple :

Satan Presiding at the Infernal Council - John Martin
Satan Presiding at the Infernal Council (1824)

Satan Présidant le Conseil Infernal, a été utilisée pour illustrer une édition du Paradis Perdu de John Milton.

Bref, à titre personnel, j’apprécie beaucoup ce peintre. Le choix des scènes qu’il représente et le côté grandiose qu’il leur donne me plait tellement qu’il n’a jamais quitté le fond d’écran de mon ordinateur personnel depuis bien longtemps, comme je vous le disais.

Pour en découvrir davantage, n’hésitez pas à faire des recherches sur Google Images et n’hésitez pas à partager vos découvertes dans les commentaires !