Hostel, le gore au service du néant

Faire peur est un art très complexe. Instaurer une ambiance qui mettra mal à l’aise, qui évoquera un véritable sentiment de crainte est une discipline difficile à maîtriser. Certains domaines artistiques s’y prêtent plus facilement que d’autres. La littérature est par exemple parfaite pour cet exercice : les images mentales que le lecteur se créera en lisant seront le reflet de ce qui lui fait peur. Dans le cinéma, les choses se compliquent, puisque l’image bride l’imagination. La solution dans ces cas-là est de créer une atmosphère mystérieuse, de jouer sur la suggestion, de rester ambigu, de ne pas trop en révéler. Ainsi, le spectateur comble les trous lui-même avec ses propres peurs. Cependant, l’exercice est difficile et dans le genre horrifique, beaucoup choisissent l’option de facilité qui rapporte : ils font du cinéma gore avec rien derrière. Je n’ai rien contre le sang dans le cinéma, mais quand c’est une fin en soi, j’ai du mal à comprendre l’intérêt. C’est le cas par exemple du célèbre film Hostel, sorti en 2006 et réalisé par Eli Roth.

Affiche d'Hostel
D’après l’affiche : « Le film américain le plus terrifiant de ces dix dernière années »

L’histoire est très simple et je vais vous la résumer du début à la fin : deux américains sont en voyage en Europe avec l’ami islandais qu’ils ont rencontré en chemin. Alors qu’ils se trouvent aux Pays-Bas, un homme leur indique que s’ils souhaitent rencontrer des femmes faciles, ils n’ont qu’à se rendre en Slovaquie. Très contents à l’idée de « faire de belles rencontres », les trois compères partent vers ce merveilleux pays, dans l’hôtel qu’on leur a recommandé. L’islandais disparait au cours d’une soirée de débauche. Un peu plus tard, c’est l’un des deux américains. On assistera par ailleurs à sa torture et à sa mort. Le dernier survivant, un brin inquiet, part interroger les femmes (un brin suspectes) qui les avaient accueillis à leur arrivée. Elles le conduisent alors à un bâtiment où il est finalement fait prisonnier. En réalité, depuis les Pays-Bas ils étaient tombés dans un piège. L’homme qui leur avait donné l’adresse de l’hôtel et les femmes qui les avaient accueillis étaient de mèche avec une société qui capture des jeunes gens afin que de riches personnes puissent assouvir leurs fantasmes sadiques en les torturant. A la fin, il réussit à s’échapper.

Je passe volontairement sur certains détails, mais j’en ai déjà assez dit pour cerner le sujet. Au final, que ressort-il de ce film ? Ma foi, pas grand-chose. Les personnages n’ont aucune personnalité, si ce n’est d’être des obsédés sexuels et de vouloir éviter de se faire couper en morceaux. Difficile de s’attacher à eux dans ce cas. Et sans attachement, on ne se soucie pas vraiment de ce qui va bien pouvoir leur arriver.

Je disais un peu plus haut que faire peur était un art difficile et je m’y tiens. Contrairement à ce que dit l’affiche américaine du film, il n’y a rien qui fasse peur dans ce film. Certes, il est gore, très gore (j’ai vu pire, mais on ne peut pas nier que Hostel met la barre assez haut), mais en quoi le gore fait peur ? Voir quelqu’un se faire blesser par une perceuse, trancher les tendons d’Achille et autres joyeusetés, certes, ça fait mal. Mais ça ne fait pas peur. Mais on comprend un tel choix : il est plus facile d’imaginer quelques sévices abominables pour que le spectateur se tortille sur son fauteuil rien qu’à l’idée de subir la même chose, que de tenter de créer un film qui fait véritablement peur.

L’ambiance du film en elle-même est relativement malsaine, mais on sent bien que l’équipe du film tente d’en faire des tonnes sans jamais vraiment atteindre son objectif. Pour comparer, le film autrichien Funny Games (1997) présente l’histoire d’une famille séquestrée et tourmentée dans sa maison de vacances par deux jeunes hommes. Bien que se passant d’effets gores faciles, il instaure un climat bien plus pesant. Sans faire peur, Funny Games joue avec la mort et la torture (physique, mais surtout psychologique) de façon intelligente en tentant plutôt de créer une atmosphère glauque qui fonctionne.

Hostel mise entièrement sur le gore, qui n’est plus qu’une fin en soi. Rien de véritablement intéressant ni de coup de théâtre n’arrive, puisque l’intrigue est au fond très prévisible (contrairement à Funny Games, encore une fois ou même au premier Saw). C’est un film facile, racoleur et inintéressant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *