Le metal et la musique classique font-ils bon ménage ?

Dans l’inconscient populaire, la musique classique au sens où on l’entend généralement (c’est-à-dire : en comprenant à la fois le classique, le baroque, etc.) est entourée d’une aura sacrée. Essayez de dire du mal des grands compositeurs tels que Mozart, Vivaldi ou Bach, vous verrez rapidement qu’au moins une personne autour de vous se révoltera de votre blasphème et vous expliquera que vous êtes un philistin, même si celle-ci ne s’y connaît pas particulièrement. A l’inverse, la plupart des autres genres musicaux ne bénéficient pas d’un tel traitement et vous pourrez en dire autant de mal que vous en voulez, à part les fans du genre, vous ne devriez pas rencontrer beaucoup de résistance.

Certains styles, étant relativement peu populaires, sont mêmes critiquables à volonté. C’est notamment le cas du heavy metal, qui, s’il a grandement perdu de son aura sulfureuse avec le temps, reste un style que bien peu s’acharneront à défendre. Et très souvent, la personne qui voudra démontrer la faiblesse d’un genre musical (quel qu’il soit), utilisera une comparaison du style : « Mozart, c’est quand même plus recherché ! », sans forcément chercher à comprendre les codes du genre qu’il tente de décrédibiliser ou à se demander si l’objectif est bien de faire comme Mozart.

Bref, tout cela pour annoncer le sujet d’aujourd’hui : le heavy metal et la musique classique s’excluent-ils mutuellement ? Est-ce que cette barrière entre classique et musique populaire a vraiment du sens ? Nous allons le voir, c’est loin d’être le cas.

Le metal symphonique : quand les instruments classiques se marient aux guitares

La première chose qu’un fan de metal pourra rétorquer à la personne qui oppose metal et classique, c’est que de nombreux groupes tentent d’apporter des influences symphoniques à leurs compositions. Souvent, cela passe par des orchestrations plus ou moins grandiloquentes, qui leur valent d’être classés dans le metal dit… symphonique, justement.

L’un des plus anciens morceaux de ce type est Rex Irae (Requiem), de Celtic Frost, sur l’album Into the Pandemonium (1987). Ce titre est l’un des premiers à faire figurer du chant féminin typé opéra, qui deviendra extrêmement populaire quelques années plus tard, ainsi que des instruments tels que du violon, du violoncelle, de l’alto et du cor d’harmonie. Cependant, ça n’était qu’une expérimentation de la part d’un groupe qui, le temps de cet album, s’est donné la liberté de faire tout ce qu’il voulait sans se poser de limites.

Quand on parle de metal symphonique, on pense très souvent aux groupes à chanteuse tels que l’indispensable Nightwish.

Tuomas Holopainen
Tuomas Holopainen, claviériste et leader de Nightwish (crédit photo : FLZero)

Ce groupe se distingue d’une part par l’utilisation intensive de claviers, qui imitent un orchestre et d’autre part sa première chanteuse : Tarja Turunen, qui a suivi une formation de chant lyrique et qui en fait usage dans le groupe. L’ensemble crée une atmosphère orchestrale qui a donc valu au groupe de devenir l’archétype du groupe de metal symphonique à chanteuse, dont la popularité aura entraîné la formation de nombreux groupes du même acabit, avec plus ou moins de talent (et de personnalité). Depuis son premier album, Angels Fall First, en 1997, Nightwish a beaucoup évolué et en est à présent à sa troisième chanteuse (Floor Jansen, notamment connue pour avoir été la chanteuse d’After Forever) et aura également fini par jouer avec un véritable orchestre, notamment sur l’album Once, enregistré avec le London Studio Orchestra .

Mais le metal symphonique, ce n’est pas que des groupes à chanteuse, c’est également des groupes plus extrêmes, à l’image de Dimmu Borgir. Certes, que le groupe soit passé de son black atmosphérique des débuts à du symphonique propret, qui n’a plus grand-chose de véritablement black metal en déçoit beaucoup (dont moi), mais reste un excellent exemple d’influences classiques incorporées au metal.

On le constate, cette musique n’a rien à voir avec celle de Nightwish. C’est parce qu’on qualifie de symphonique tout groupe de metal qui ajoute des instruments classiques (véritables ou remplacés par des claviers, comme c’est souvent le cas) à sa musique. Ainsi, on retrouve des formations des plus douces aux plus extrêmes. Les artistes y trouvent un moyen d’adoucir leur musique ou de lui donner un aspect bien plus grandiose.

Mais attention, les influences classiques ne s’arrêtent pas au metal symphonique. D’autres groupes ont des façons différentes de s’inspirer des grands compositeurs.

Des airs classiques repris par des groupes de metal ?

Parfois, certains n’ont pas envie de rajouter des claviers omniprésents ou des violons dans leur musique, que ce soit parce qu’ils pensent qu’ils n’y ont pas leur place ou qu’ils considèrent qu’ils adouciraient leur œuvre au point de la dénaturer. Cependant, cela n’empêche pas de rendre hommage à la musique classique. Comment ? Très simplement en interprétant tout ou partie d’un morceau ! Ainsi, Accept, dans la chanson Metal Heart (de l’album éponyme sorti en 1985) reprend l’air de La Lettre à Elise, de Beethoven (à environ 3 minutes) :

Et des exemples de ce type, il en existe beaucoup ! On pourrait également citer :

– Cirith Ungol, qui reprend Toccata et fugue en ré mineur, de Jean-Sébastien Bach sur le titre Toccata in D (album King of the Dead, 1984) ;

– Iced Earth, qui reprend Carmina Burana, de Carl Orff en introduction de son album Night of the Stormrider (1991) ;

– Bathory, qui reprend Jupiter, celui qui apporte la gaieté, de Gustav Holst, sur le titre Hammerheart (album Twilight of the Gods, 1991), sans guitare, mais en y apportant sa voix et sa passion pour les Vikings ;

– Diamond Head, dont l’introduction du morceau Am I Evil? (première version sortie en 1980 sur Lightning to the Nations) rappelle très fortement Mars, celui qui apporte la guerre, du même Gustav Holst…

Ce ne sont que quelques exemples illustrant l’inspiration que peuvent représenter les compositeurs classiques pour les musiciens du heavy metal.

Enfin, on ne peut pas parler des liens qui unissent la musique classique au metal sans mentionner le metal néo-classique. On entre là sur un terrain que je ne connais que très peu, mais il faut savoir que cette étiquette sert à qualifier tous les musiciens qui utilisent des techniques de composition issues du classique, tout en apportant une attention particulière à la technique instrumentale. Ainsi, l’un des plus grands noms du genre, le guitariste suédois Yngwie Malmsteen, est connu pour sa virtuosité, que beaucoup qualifient d’excessive. Ainsi, avant de conclure cet article, quoi de mieux que d’illustrer ce mouvement avec le morceau Trilogy Suite Op: 5, de l’album Trilogy, sorti en 1986 :

Comme on peut donc le constater, musique classique et metal font souvent très bon ménage. La volonté de puissance sonore des groupes du genre s’accommode parfaitement avec la grandiloquence d’un orchestre symphonique. Quant aux mélodies intemporelles des grands compositeurs, il est normal qu’elles soient encore de nos jours une source d’inspiration pour des artistes de tous horizons. Ainsi retrouve-t-on de nombreux hommages au sein du metal.

Si vous avez d’autres exemples complétant ceux que j’ai donnés ici, n’hésitez pas à partager vos découvertes dans les commentaires !

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